3- Après une rapide rechercher je me suis aperçu que Portefaix est l'un des tueurs officiels de la bète
Le tueur officiel de la Bête est Antoine Chastel.
C'est Jean Chastel, et non Antoine.
Gravure représentant le combat de Portefaix contre la Bête

Lorsqu'on examine attentivement les gravures d'époque, on se rend rapidement compte qu'elles demeurent avant tout très conventionnelles et qu'elles respectent, c'est normal, des critères artistiques particuliers à cette période dite "classique".
On remarque, par exemple, qu'on ne sait pas encore représenter un enfant autrement qu'avec une tête d'adulte.
Tous les gamins ont donc l'air de petits vieux très fatigués.
Les animaux eux-mêmes, c'est particulièrement remarquable pour les chevaux, possèdent une tête et des membres disproportionnés pour le corps.
En un mot comme en cent, le corps est trop gros , la tête et les membres trop petits.
Dans le cas du cheval il s'agit d'un animal fort connu et très représenté.
En ce qui concerne la Bête, évidemment, l'artiste ne pouvait se fier qu'à des descriptions de seconde main, donc baser son étude sur des représentations conventionnelles généralement issues de l'art hiéraldique, le seul à représenter des animaux étranges, inconnus ou extraordinaires.
La plupart des représentations de la Bête suivent donc des critères n'ayant que peu de rapport avec les sciences naturelles ou l'anatomie comparée.
Elle est généralement représentée, comme il se doit dans les armes, rampante donc dressée sur les pattes arrières, armée avec des griffes de lion, lampassée c'est à dire tirant la langue, vilenée puisqu'on en voit le sexe et allumée avec des yeux de braise !
Au début elle ressemble à tout et à n'importe quoi en passant par le caniche, la gargouille, la tarasque, le crocodile, le griffon et, à vrai dire, tend plutôt à faire sourire qu'à inspirer la terreur.
Quelques graveurs allemands finissent par lui donner un air beaucoup plus féroce la faisant ressembler à un bas rouge ou un lévrier.
Puis tout à coup un graveur français trouve un modèle beaucoup plus convainquant, assez proche il fait le dire, du grand méchant loup cher à Walt Disney et à Tex Avery, poitrail puissant, oeil de braise, gueule démesurée et amplement barbouillée de rouge à lèvres, pattes puissantes et griffues à souhait.
En fait l'exagération de la fameuse Bête présentée par Monsieur Antoine au Roi et à à la Famille Royale.
Bête dont on sait maintenant avec certitude qu'elle fut amplement "améliorée" lors de son empaillage.
A partir de ce moment la Bête possède un portrait robot bien pratique puisque facile à reproduire dans sa grande simplicité.
C'est presque un "Toon" (carton de bande dessinée) avant la lettre.
Puisque la "Bête" empaillée avait été probablement réalisée à partir d'un grand loup des Carpathes, complaisamment fourni par le Jardin des Plantes et Monsieur de Buffon, et constituant le "fameux secours" attendu avec tant d'impatience par Monsieur Antoine et ses sbires, le loup se retrouve implicitement impliqué dans cette affaire. (La bête que Jean Chastel tua fut mal empaillé et elle a pourri. Toutefois, plus aucun masacre ne survenu après qu'il ait tué cette bête.)
Un loup énorme et bizarre, certes, mais un loup !
La plupart des estampes d'époque accusent nominalement la hyène !
Pourquoi ne le dit on pas clairement ?
Lorsqu'on examine avec plus d'attention la plupart des estampes représentant cette fameuse "bête" on y trouve la mention non équivoque de la hyène.
L'une des plus connue d'entre toutes explique "Figure de la bête féroce nommée hyène qui dévore les hommes et principalement les femmes et les enfants...".
L'une des figures connues représentant Monsieur Antoine et le garde de Monsieur le Duc d'Orléans un certain Ranhard (ou Rinhard) porte la légende : "Représentation de la bête féroce nommée hiene" .
Et, de fait, l'animal représenté sur l'estampe comporte une crinière, de nombreuses taches et une tête fort ressemblant à celle d'une hyène.
Une autre figure la montrant avec un chien porte la mention "Véritable figure de la bête féroce nommée hiene et description de l'hiene -A Paris chez Basset, Rue Saint Jacques - )
La revue médicale Aesculape proposait une gravure portant cette mention "Hyenne - animal féroce qui ravage le Gévaudan depuis 1764 telle qu'on l'a envoyée à la Cour ".

Une autre encore "Bête furieuse que l'on suppose être une hiene qui désole depuis six mois les pays du Gévaudan, d'Auvergne et du Languedoc".
Concernant ces estampes d'époque le qualificatif qui se répète le plus souvent après celui de "bête" est celui de "hyène".
C'est un fait vérifiable.
Il est également de fait que l'on éprouve alors de grandes difficultés à s'entendre sur l'orthographe de hiène qui devient hiene, hiènne, hyenne, yenne, iène, hÿenne.
Bête est plus facile à écrire.
Loup également.
Mais dans ce cas il convient de remarquer qu'aucune de estampes ne met en cause le loup.