Jacques Portefaix a croisé le chemin de la Bête le 12 janvier 1765, il était alors âgé de treize ans et se trouvait avec six autres enfants, gardant les bêtes de leurs parents. Deux d'entre eux seront blessés mais les autres parviendront à mettre la Bête en fuite. Qu'à cela ne tienne, elle ira en tuer un autre quelques heures plus tard...
En récompense de la bravoure témoignée à cette occasion, Portefaix sera éduqué aux frais de l'Etat et deviendra officier d'artillerie. Il sera tué accidentellement en 1785.
Du mémoire écrit en 1767, dans lequel Jacques Portefaix donne son opinion sur la Bête, je ne connais que cet extrait :
Citation:
"Cette bête n'était pas un loup. Quoique jeune j'en avais déja vu quelques uns; vivant dans les forêts de mon pays, s'approchant de nos chemins et de nos troupeaux, au retour des foires ou des veillées, morts lorsque l'un d'entre nous en tuait un et allait le présenter sur son dos, de ferme en ferme, pour recevoir quelques liards, salaire de son courage. Et la bête, je l'ai vue de près lorsqu'elle nous attaqua dans la prairie : des poils noirs et sales lui cachant le visage; des ongles longs et ébréchés terminant ses mains comme des griffes; sa poitrine en avant comme celui qui a ce que l'on appelle "un tour de rein". Une bête qui était un homme, un homme qui n'en était plus un. Comme dans le conte de la Belle et de la Bête. Durant l'attaque, elle s'est dressée sur ses membres de derrière et usait de ses bras et de ses griffes pour ravir l'un de nous. Ce qu'elle réussit à faire. Lorsqu'elle comprit que nos baïonettes étaient dangereuses pour ses flans, lorsqu'elle abandonna le petit Jean Veyrier, je la vis courir sur ses pattes de derrière qui étaient des jambes; je la vis se rouler dans le ruisseau proche comme pour noyer la méchanceté dont elle était remplie.
Pardonnez mon audace Monseigneur; mais je dous vous dire : ceux qui ont déclaré que la Bête était un loup vous ont menti. Moi qui ai vu la Bête de près, je me dois de vous dire la vérité : la Bête n'était pas un loup, ni un ours, des orsaliers passent dans nos villages et nous connnaissons l'ours, ni une hyène, ni tout autre animal. La Bête était un homme maudit, porté vers le crime, habité sans doute par le Diable en personne. Un homme connu de tous ici, mais dont je tairai le nom : il a aujourd'hui payé ses odieuses fautes. Le motif de ce mémoire n'est pas de le dénoncer, mais d'essayer d'expliquer cette ténébreuse affaire, d'éclairer ce mystère".
Ce document est peu connu et très clairement sous-exploité : je ne sais même pas où l'original est conservé. Sur Internet, il n'en est fait mention que dans un article plus ou moins recopié de site en site :
http://www.thesaumag.fr/article.php?sid=71.
L'opinion de Portefaix n'est pas exprimée clairement : on ne sait pas s'il estime avoir eu affaire à un homme-loup au sens "lycanthrope" (loup-garou), ou simplement à un homme déguisé en bête. Néanmoins, il ne s'agit pas du texte intégral.
Curieusement, plusieurs éléments du récit lui-même viennent appuyer le caractère essentiellement subjectif de cette opinion.
Il y a notamment le fait qu'en dehors de la bizarre "station debout" que Portefaix attribue à la Bête, il décrit visiblement un animal, pas un homme affublé d'une peau de bête. Un animal qu'il n'identifie pas, mais qu'il affirme ne pas être un loup.
Quant à la "station debout", il ne s'agit pas d'un récit isolé, d'autres témoins d'attaques ayant décrit la propension de la Bête à se dresser sur ses pattes postérieures pour s'en prendre à ses victimes. Cela n'est pas si surprenant, sachant que c'est un moyen logique pour un prédateur d'atteindre la gorge d'une proie haute... ou verticale. Plus troublante est l'affirmation que la Bête se soit mise à courir sur ses pattes arrières, mais on doit aussi envisager que le jeune garçon épuisé par sa lutte avec l'animal ait simplement mal vu (effet d'optique ? faux souvenir ? impossible à dire désormais !).
Une autre chose me chiffonne : le mémoire date au plus tard du 2 juin 1767, et Portefaix y écrit "
Un homme connu de tous ici, mais dont je tairai le nom : il a aujourd'hui payé ses odieuses fautes". Or, les meurtres ne cessent que le 19 juin cette année là ; entre le 1er et le 19 juin 1767, on dénombre 8 attaques dont 4 mortelles. Si l'homme dont parlait Portefaix avait expié ses fautes, il n'était pas très pressé d'y mettre fin.
Bazou, si le document dont tu parles est authentique, je te conseille fortement d'en avertir les principaux historiens de la Bête : le musée de la Bête à Saugues, la maison de la Bête à Auvers, Guy Crouzet (j'ignore où on le trouve) et Michel Louis (au zoo d'Amnéville, qu'il dirige), ainsi qu'un service national (BNF à Paris) ou départemental d'archives (de préférence le Puy-de-Dôme et l'Hérault, où se trouvent les principaux documents administratis relatifs à l'affaire, ou la Lozère, le Cantal ou la Haute-Loire, principaux départements concernés) pour en assurer la conservation.
Nous attendons la suite avec impatience.