Randolph Carter a écrit:
Moi, j'en reste à la thèse de l'hybride, mais pas forcémment entre chien et loup, plutôt un animal ancien, en voie d'extinction, avec un loup, ce qui me paraît être la thèse la plus sensée.
Le problème c'est que rien ou presque ne permet d'étayer cette idée. Cette espèce en voie d'extinction n'aurait laissé aucune trace, ni fossile, ni écrite, avant la fin du XVIIIè siècle ? C'est une belle idée romanesque, mais peu économique, et donc assez loin d'être la plus sensée.
Citation:
Autre chose, la bête était également décrite comme d'une incroyable souplesse, et les gens insistaient souvent sur le fait qu'elle n'était ni un loup, nu une hyène, encore moins un chien-loup, mais bien un animal, étrange. Un animal de la taille d'un veau, je précise...

C'est surtout la longueur de la Bête qui étonnait : plus d'1m90 queue comprise. La hauteur était de 80 cm (et non 90 comme je l'ai écrit plus haut), ce qui est impressionnant sans être exceptionnel. Néanmoins, à une époque où la taille moyenne de la population adulte ne dépassait guère 1m60, c'est déjà assez effrayent.
La souplesse de la Bête et son endurance physique ne sont pas impossibles à un hybride loup-chien. Je persiste à croire que si la Bête a été décrite comme différente de ces deux espèces par les témoins, c'est à cause du système de représentation culturelle de l'époque : les paysans savent bien que les loups attaquent les moutons et pas les bergers, alors que les chiens, eux, protègent les troupeaux... La Bête qui mangeait le monde ne pouvait être aucun de ces animaux, et tout ce qui soulignait son étrangeté était mis en valeur dans les récits : son pelage roux, la fameuse raye noire courant le long de son dos, sa souplesse, sa puissance... sans parler de tout ce qui a été inventé en marge des témoignages directs (bipédie, parole, etc...).
Citation:
Je vous renvoie au livre de Chevalley qui traduit si bien cette impression d'étrangeté de la bête, car l'auteur s'est amusé un peu à se mettre à leur place. Enfin, si cette ou ces bêtes étaient si insaisissables, il va sans dire que c'est grâce aux fous que je viens d'évoquer. Sans l'aide de mains complices, la bestiole se serait faite depuis longtemps abattre....
Là où Chevalley avait vu juste, c'est que la main de l'homme est manifestement derrière cette affaire. Ne serait-ce que parce que la faune française de l'époque ne comportait aucun animal sauvage attaquant délibérément l'homme pour s'en nourrir... Mais d'un strict point de vue historique, il est hasardeux de mettre un nom sur les coupables. Tout au plus peut-on émettre quelques présomptions, fort spéculatives. C'est d'ailleurs ce qui a fait de la Bête, animal à l'existence ô combien indéniable, un mythe : c'est une source inépuisable d'inspiration et d'imagination.
Le hasard aussi a joué un rôle funeste dans l'histoire, en permettant à la Bête de voir le jour : un animal ayant la puissance physique et la taille du loup, avec son intelligence et son instinct prudent, tout en ayant la familiarité du chien avec l'homme, l'agressivité du chien d'attaque... et surtout, en étant tout aussi facile à dresser. Tous les ingrédients d'une parfaite machine à tuer. Le plus grand malheur des paysans du Gévaudan est qu'un tel animal a pu voir le jour malgré le caractère aléatoire de la génétique.